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C’est une figure familière qui quitte les rangs du Comité du Syndicat. Après avoir œuvré 10 années en tant que trésorier puis Secrétaire général et surtout membre du Bureau du Comité du Syndicat, Yvan Poulin a bien mérité une semi-retraite. Il a apporté au Syndicat sa bonne humeur, son engagement et son expertise éclairée en tant que syndicaliste militant. Il nous manque déjà et nous savons qu’il restera en veille à nos côtés et pourquoi pas reviendra parmi nous dans quelques années. En attendant son retour, nous voulions l’interviewer sur son engagement au sein de votre Syndicat.

Que signifie pour toi l’engagement syndical ?

Selon mon vécu, un engagement syndical efficace se doit d’être personnellement concerné mais absolument désintéressé. Il est naturel et humain de vouloir faire progresser des aspects de la vie professionnelle de ceux qui nous ressemblent, mais il faut faire attention à ne pas tomber dans le communautarisme, garder l’esprit ouvert à tous les points de vue sur un problème donné pour tenter d’avoir une appréciation la plus objective possible et travailler dans la bonne direction.

L’engagement syndical doit être orienté vers son prochain, avec comme but de préserver et d’améliorer les conditions d’emploi et de travail de la majorité des collègues.

Quelles sont d’après toi les opportunités à saisir pour le Syndicat dans l’année qui vient ?

Le Syndicat a commencé un travail courageux de remise en question de ses processus internes et je suis persuadé que c’est une immense opportunité pour améliorer son efficacité globale. D’autre part, le nouveau Comité a intégré de nouveaux membres qui arrivent tous avec leurs expériences et leur vision du Syndicat et leur vécu. Tout ceci constitue une richesse sur laquelle le Comité et le Bureau doivent capitaliser pour maintenir et améliorer leurs liens avec le personnel sur le terrain comme au siège.

Enfin, les nouvelles technologies (et le COVID) ont permis aux membres sur le terrain de se rapprocher du Comité au siège, en communicant plus efficacement avec l’ensemble du personnel. A titre d’exemple, les Assemblées générales sont maintenant accessibles par Zoom, les réunions du Comité sont toujours en mode hybride ce qui permet aux titulaires régionaux d’y participer activement. Je pense qu’il faut réfléchir pour optimiser encore plus le lien avec nos collègues du terrain pour qu’ils se sentent appartenir à un seul Syndicat.

Ceci dit, toutes ces améliorations ont un prix : le temps et l’énergie disponible. Afin que la charge de travail et d’engagement soit bien (mieux) répartie, il faut que tous les membres du Comité s’investissent davantage en fonction de leurs compétences et connaissances pour décharger un peu les membres du Bureau. Cet effort en vaut la peine, parce que cela donne un sens personnel supplémentaire à son engagement syndical.

Qu’aimerais tu faire passer comme message à tous les collègues ?

Syndiquez-vous si ce n’est pas déjà le cas, devenez acteur de vos conditions d’emploi et de travail et participez à préserver et améliorer celles de vos collègues.

Je sais que ce message est très militant et ne plaît pas à tout le monde. Il est néanmoins essentiel.

Lorsque la Présidente s’adresse au Conseil d’Administration, lorsque la Commission de Négociation Paritaire se réuni, que le Syndicat représente 30% ou 80%, l’écoute ne sera pas la même. Et le Syndicat œuvre au mieux de ses capacités pour l’ensemble du personnel, sans distinction, sans discrimination.

Être syndiqué est avant tout un acte de Solidarité pour tous les autres collègues parce que chaque membre compte et chaque voix se doit d’être entendue.

Tant de personnes ne sont pas syndiquées parce qu’elles n’ont pas les réponses aux questions qu’elles se posent sur le Syndicat, sans vraiment faire l’effort de les chercher….

Il ne faut pas non plus oublier que le Syndicat du personnel de l’OIT est le plus ancien, le plus expérimenté et le plus fort de l’ensemble des Syndicats et Associations de personnel du système des Nations unies. Il est pris en modèle par la plupart d’entre elles et même, il fait référence au sein des fédérations et beaucoup nous envient notre pouvoir de négociation.

Que t’ont apporté toutes ces années au sein du Comité du Syndicat, as-tu une anecdote qui te reste en mémoire ?

J’ai toujours dit que mon entrée au Comité a été une deuxième naissance. J’ai passé toute ma carrière dans les services de support (FINANCE et INFOTEC) et, avant d’entrer au Comité, je n’avais aucune idée de la réalité parfois cruelle du monde pour lequel je travaillais.  La confrontation avec la réalité a été pleine de surprises (et pas que des bonnes) et très riche d’enseignements.

Ce passage au Comité m’a également permis d’apprendre les techniques de négociation qui m’ont été également très utiles pendant mes deux années de Secrétaire général de la CCISUA, notre fédération.  J’ai aussi appris à prendre des notes pour les comptes rendus du Comité et j’ai très rapidement découvert que je détestais ça. Mais d’une manière globale, le passage au Comité a été un apprentissage continu sur moi-même et j’ai appris à faire confiance en mes propres capacités de négociateur et conciliateur.

Pour l’anecdote, je vais remonter à ma première participation au JNC. Je ne me souviens plus de ce que j’avais dit, ni sur quel sujet. Ce dont je me souviens parfaitement, c’est que, lors du debriefing qui avait suivi, Catherine Comte-Tiberghien, m’avait surnommé Gaston Lagaffe

Il faut savoir apprendre de ses erreurs, mais ce surnom m’a suivi quelques années 😊. J’ai fait beaucoup plus attention à ce que je disais par la suite.

Quels ont été les défis et les succès que tu as rencontrés au cours de tes mandats ?

Ils ont été nombreux. Le premier défi auquel je me suis confronté, c’était le manque de visibilité des actions du Syndicat pour le personnel. J’avais donc intégré l’équipe de communication et j’avais proposé un système de manchettes de journaux qui serait changées hebdomadairement. C’était mon premier succès qui est encore en activité aujourd’hui au travers de nos écrans totems devant les ascenseurs. C’était peut-être le plus simple à mettre en place aussi.

D’autres défis ont jalonné mon chemin dans le Syndicat et ils n’ont pas tous été couronnés de succès. L’adhésion de nouveaux membres est un défi quotidien, faire entendre son point de vue à certains, tenter de trouver des solutions viables là où les avis divergent totalement, faire comprendre à quelqu’un que sa demande est déraisonnable, aménager un terrain de discussion entre des managers et le personnel. Ce sont là des défis récurrents qui m’ont accompagné tout au long de ma vie syndicale.

Quels est/sont le(s) défis qui pour toi reste(nt) « inachevé(s) » et que tu aurais aimé voir aboutir ?

J’ai un défi de taille qui est resté inachevé et qui pourtant est celui qui m’a fait accepter de devenir membre du Comité. Une expression française dit que « les cordonniers sont les plus mal chaussés » et cela s’applique aussi pour le personnel de l’OIT.

En 2013, j’ai demandé l’aide du Syndicat par le biais de son président, Chris Land-Kazlauskas, pour tenter de développer une idée qui répondrait à une injustice sociale historique : Les fonctionnaires internationaux n’ont pas d’assurance chômage. Sur le moment c’est lui qui en a profité pour me recruter comme membre du Comité.

10 ans après, il y a eu plusieurs occasions et tentatives d’en discuter avec l’Administration, mais cette idée n’a toujours pas pu être développée pour différentes raisons sur lesquelles je ne m’épancherai pas ici. Et cela bien même que certaines personnes de l’Administration de l’OIT ainsi que plusieurs membres de la CFPI aient parfaitement reconnu qu’une telle assurance manquait cruellement et prendrait toute sa place dans l’ensemble du Système commun. Peut-être que dans le cadre de la négociation des nouvelles dispositions contractuelles, Administration et Syndicat arriveront à faire grandir cette idée qui a déjà dépassé le stade de la germination.

Pour conclure, que dirais-tu aux jeunes pour les encourager à rejoindre le Syndicat ?

Le syndicalisme est certes né dans la douleur il y a plus d’un siècle, mais ce n’est pas pour autant que son existence est dépassée. Les nouvelles générations ont plus de peine à envisager de faire carrière pour un seul employeur et ne voient pas toujours d’intérêt à se syndicaliser principalement à cause de leur potentiel nomadisme et facilité à rebondir au gré des événements de leur vie professionnelle.

Toutefois il ne faut pas oublier que c’est grâce aux Syndicats et leurs luttes centenaires que les conditions actuelles de travail et d’emploi les protègent sous différents aspects comme l’égalité de traitement, la protection contre les discriminations, la santé et sécurité au travail, l’adhésion à un système de pension, des congés parentaux équitables, les possibilités de travail à temps partiel, les modalités flexibles de travail normées qui garantissent des conditions acceptables et une protection pour l’employeur comme pour l’employé, …

Membre du Syndicat ou non, tout le monde en profite, parce que le Syndicat représente TOUS les fonctionnaires de l’OIT, certes, mais comme je l’ai dit précédemment, se syndiquer est avant tout une question de solidarité. « Unis, nous négocions, divisés nous mendions » : telle est la devise de notre Syndicat et elle résume parfaitement la réalité.  

Si vous n’y voyez pas d’intérêt personnel, pensez à l’intérêt collectif, vous en faites partie.

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2 thoughts on “Interview de Yvan Poulin”
  1. Cher Yvan,
    c’est par ce blog que j’apprends que tu quittes le comité du syndicat. Je voudrais te féliciter pour ton mandat réussit. 10 ans, cela représente un engagement immense. Je t’ai toujours apprécié entant que collègue syndicale intègre, engagé et franc parler, ainsi qu’une personne tres gentile et humain.
    Tout de bon pour toi!
    Cordialement, Christiane

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