La CFPI : organe technique ou régime totalitaire ?

 

par PRISCA CHAOUI, ONUG

 

La session tant attendue de la CFPI s’est tenue du 10 au 21 juillet à Vienne, pour discuter des différents points qui étaient à son ordre du jour, dont la baisse des salaires des fonctionnaires de la catégorie professionnelle et supérieure à Genève. Cette baisse de plus de 7,5% avait été décidée suite à l’enquête sur le coût de la vie qu’avait menée la commission au mois de novembre 2016.

 

La baisse a été décriée par les fonctionnaires et par les administrations des organisations qui les emploient. Rassemblements, manifestations, assemblées extraordinaires et enfin une pétition signée par plus de 10 000 fonctionnaires et un arrêt de travail ont marqué la campagne menée par les syndicats du personnel depuis que la nouvelle des baisses est tombée comme un couperet.

 

À Vienne, les syndicats du personnel s’attendaient à ce que la commission reconnaisse les inconsistances commises dans l’analyse des données statistiques relevées lors de l’enquête. Ces inconsistances avaient été mises en avant par une équipe de trois experts statisticiens qui avaient revu lesdites données. L’examen des données, qui en temps normal aurait exigé plus de trois semaines de travail, s’est fait en trois jours et a relevé plus de 51 erreurs. Si ces erreurs n’avaient pas été commises, la baisse n’aurait jamais dû dépasser les 2%. Mais, à quoi bon admettre les erreurs et les corriger pour un organe qui semble au-dessus de tout ?

 

En effet, au grand dam de tout le monde, la commission n’a pas voulu reconnaître les erreurs commises, ni répondre aux requêtes des syndicats qui se résumaient en trois points principaux, à savoir réintroduire la mesure palliative : ou gap closure measure de 5% (supprimée après la révision de la méthodologie en 2015), réexaminer les calculs et la méthodologie qui ont mené à la baisse et enfin geler les salaires jusqu’à ce que le réexamen soit parachevé. Tout comme un régime totalitaire, la commission a préféré faire fi de toutes ces demandes et a décidé de son propre chef, d’introduire une « marge » de 3% à l’index d’ajustement de poste. Elle a par ailleurs décidé de reporter la mise en œuvre de la baisse de salaire jusqu’en février 2018 pour les fonctionnaires déjà employés (au lieu d’août 2018) et de revoir sa méthodologie.

 

Cette décision, couplée d’une augmentation des salaires de la fonction publique fédérale américaine sur laquelle le salaire de la catégorie professionnelle est fixé, va certes considérablement réduire la baisse initialement prévue. À première vue, cela constitue une victoire pour les milliers de fonctionnaires qui se sont mobilisés aux côtés de leurs employeurs pour lutter contre cette baisse.

 

Toutefois, le caractère arbitraire de la décision est préoccupant à maints égards et démontre que la commission qui est censée être un organe technique, est au bout du compte un organe capricieux qui prend des décisions sans fondement.

 

Le temps n’est-il pas venu de se débarrasser de cet organe en qui les fonctionnaires n’ont plus confiance ? Je pense que la réponse est oui. Les 120 000 fonctionnaires dont les salaires dépendent de la commission, méritent mieux que cela. Ils méritent respect et reconnaissance pour leur dévouement au système de l’ONU et la commission est malheureusement loin d’être l’organe qui pourra les récompenser à leur juste valeur. Il est certain que pour les syndicats du personnel, la campagne n’est pas finie. Emprunter la voie juridique et réviser la méthodologie, tels sont les prochains défis que les fonctionnaires devront relever ensemble.

 

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